Quid de l’agriculture et de l’engagement climatique de la France

Gilles Luneau, spécialiste du monde agricole, affirme l’urgence de donner à la nature une place politique et de revoir le financement du modèle agronomique européen actuel.

Gilles Luneau - Babelio

Le covid19, un enseignement enrichissant

Parmi tous les enseignements que la crise nous a apportés, il y a celui du dysfonctionnement de notre système agricole. En effet, en matière agricole et alimentaire, la crise Covid-19 a montré que notre fragilité était dans la dépendance aux importations. La solution alimentaire a été trouvée grâce à l’utilisation créative des circuits courts entre production agricole et consommateur, entre campagne et ville.

Climat, biodiversité, santé, le modèle agronomique européen est en échec. Ce n’est plus une surprise. Il est urgent d’inclure l’agriculture à la politique, plutôt que de fermer les yeux et d’agir comme si le système tournait tout seul, comme si nos supermarchés produisaient leur nourriture. Le premier acte nécessaire en politique est de créer un grand ministère de l’écologie qui inclurait l’agriculture, tant cette dernière affecte le climat, la biodiversité et la santé. Il aberrant de savoir que le ministère de l’écologie actuelle n’inclue pas l’agriculture. Le second acte est de placer l’enseignement agricole sous l’autorité de l’éducation nationale. Car l’avenir de nos terres et de notre Terre appartient aux jeunes agriculteurs bien formés aux défis de la transition écologique. Enfin, le troisième acte nécessaire est d’admettre les agriculteurs dans le régime général d’assurance sociale et de retraite, d’intégrer que les agriculteurs, bien plus que les banquiers ou les assureurs sont nécessaires à notre survie. Il est grand temps d’inclure à la société celles et ceux qui nous nourrissent.

En pratique, ça donne quoi ?

La clé d’un changement aussi radical réussi est la garantie de transparence. En effet, modifier du tout au tout la place de l’agriculture et de ses acteurs dans le monde risque fort de troubler l’ordre actuel tant chéri par nos gouvernements. Pour gérer l’onde de choc d’un tel changement de cap et imaginer de façon la plus démocratique possible l’avenir de notre agriculture, Gille Luneau pense qu’il serait bon de transformer les chambres départementales d’agriculture en « parlements de la nature et de la nourriture » où seraient représentés tous les usagers de la nature. Ce lieu donnerait enfin à la nature une place politique. Pour que l’agriculture soit en phase avec les engagements climatiques pris en 2015 par la France à la COP21, il suffirait d’attribuer les 20 milliards annuels au climat, à la biodiversité, à la ressource en eau, et ce dès le premier euro versé. Cela permettrait de financer la transition climatique et écologique de l’agriculture sans augmentation de budget.

L’argent est déjà là, les fonds pour le climat existent, il suffit simplement de les dépenser réellement pour le climat.

Le coronavirus fait du bien à la planète : la pollution chute en Chine

Pollution de l'air chine

Le très médiatisé Covid-19 a obligé les entreprises de nombreux secteurs économiques à mettre leurs activités en pause. Une pause qui s’accompagne en prime d’une amélioration de la qualité de l’air, particulièrement en Chine.

L’image ci-dessous a suscité bon nombre de réaction sur les réseaux sociaux. Il s’agit de la publication d’une observation de la Nasa comme il en existe des milliers : une simple carte de l’est de la Chine, représentant les émissions de dioxyde d’azote respectivement du 1er au 20 janvier, puis du 10 au 25 février 2020. Des émissions provenant majoritairement des voitures, camions et usines, et qui se sont effondrées en quelques jours, y compris dans la région de la capitale Pékin.

Pollution de l'air chine

Représentation du dioxyde d’azote en suspension dans l’air en chine Source : https://earthobservatory.nasa.gov/

Un constat tristement positif : beaucoup moins de dioxyde de carbone émis

Cette baisse de la pollution de l’air est dans l’étude expliquée par plusieurs facteurs liés plus ou moins directement à l’épidémie du coronavirus. Par exemple, les besoins réduits en énergie car les centrales électriques ne fonctionnent quasiment plus (utilisation du charbon la plus basse depuis quatre ans). Un autre exemple est le nombre drastiquement réduit de vols domestiques : 70 % de vols au sein du pays en moins par rapport au mois de janvier. Les vols internationaux ont eux aussi été affectés, avec un trafic aérien qui est passé de 17.180 vols le 22 janvier à 3.243 le 12 février. Aux mêmes dates l’année passée, on avait enregistré 15.322 vols le 22 janvier et 16.251 le 12 février.

Autre conséquence enregistrée traduisant une diminution de la pollution de l’air : une baisse des émissions de particules fines (PM2.5 et PM10) en Chine. Ainsi, à Pékin, le mois de février 2020 a ainsi connu beaucoup moins de journées de forte pollution dûes à ces particules que celui de février 2019.

Un constat à prendre avec des pincettes

Néanmoins, comme toute étude scientifique, il s’agit de bien vérifier les faits observés et surtout vérifier la véracité des relations de cause à effet. En effet, si l’image est impressionnante elle mérite toutefois quelques éléments de contexte : elle compare la pollution entre le mois de janvier et celui de février. Cette baisse des émissions de NO2 arrive chaque année, car il s’agit de la période du nouvel an chinois, toujours accompagnée d’un ralentissement majeur de l’économie.

Ce qui est néanmoins notable, c’est que cette baisse de la pollution annuelle s’est cette année prolongée bien plus longtemps que les années précédentes…

«Sachant que le nombre de décès par an liés à la pollution en Chine est estimé être proche du million, peut-être que la situation actuelle permettra d’éviter une partie de ces décès cette année.»

Paradoxalement, c’est comme si le Coronavirus nous aidait, en fait, à mieux respirer.

 

 

Sources

https://www.franceinter.fr/environnement/le-coronavirus-serait-il-un-bon-remede-a-la-fievre-de-la-planete

https://www.liberation.fr/checknews/2020/03/09/le-coronavirus-a-t-il-eu-pour-effet-de-diminuer-la-pollution_1780537

 

« Bezos Earth Fund » : don désintéressé ou achat de conscience

bezos earth fund

10 milliards de dollars. C’est le fonds lancé par Jeff Bezos, le patron d’Amazon (et accessoirement l’homme le plus riche de la planète), pour lutter contre le changement climatique.

Certains se souviennent peut-être qu’en juin 2017, Jeff Bezos avait posté sur son compte Twitter un appel aux recommandations de projets éthiques à ses followers, et avait été vivement critiqué par la majorité des internautes. Aujourd’hui, c’est via Instagram qu’il annonce le lancement d’un fonds de lutte contre le réchauffement climatique : le Bezos Earth Fund.

bezos earth fund

Post publié le 17 février sur le compte officiel de Jeff Bezos, annonçant le lancement du Bezos Earth Fund

« Je suis ravi d’annoncer que je lance le Bezos Earth Fund », a écrit le fondateur d’Amazon, lundi 17 février.

Le projet ?

« Le changement climatique est la plus grande menace pour notre planète… Cette initiative mondiale financera des scientifiques, des militants, des ONG – tout effort qui offre une véritable possibilité d’aider à préserver et à protéger la nature. Nous pouvons sauver la Terre », J. Bezos

Sur le papier le projet est le suivant : il s’agit de la création d’un fonds dédié à la lutte contre le réchauffement climatique, c’est-à-dire ayant pour but de financer la recherche et les innovations agissant dans le sens de la lutte contre le réchauffement climatique, mais aussi accorder du budget aux ONG et militants. Pour ouvrir ce fonds, Bezos va verser pour sa part un total de 10 milliards de dollars (7% de sa fortune actuelle), soit l’un des plus gros dons de l’histoire.

Un intéressement certain

Ce don va-t-il au-delà de l’effet d’annonce ? C’est la question qu’on est enclin à se poser quand on sait que Jeff Bezos est régulièrement critiqué, y compris par ses employés, sur la politique environnementale de son groupe Amazon, et ce depuis longtemps. Effectivement, l’entreprise est réputée pour son empreinte carbone désastreuse : livraisons ultra-rapides, suremballage,  import en flux tendu… Toutes ces pratiques écologiquement contestables, font du modèle Amazon, un grand contributeur à la dégradation de l’environnement et donc au dérèglement climatique.

Tout d’abord, pour éloigner les premiers doutes, il faut savoir que Jeff Bezos réalise ici bien un don et non un investissement (c’est-à-dire sans retour financier sur l’argent débloqué). Néanmoins, ce n’est probablement pas pour autant un mécénat désintéressé. C’est là que se pose la question de l’image publique : celle de l’homme autant que celle d’Amazon.

Jeff bezos

Jeff Bezos, dirigeant d’Amazon

Une annonce qui tombe au bon moment

Autre facteur nous permettant de douter du désintérêt de Bezos est le facteur date. Cette décision intervient en effet 20 jours après que 300 employés d’Amazon ont signé des critiques contre leur propre groupe, notamment au sujet de sa politique environnementale.

On remarque qu’en parallèle de cette annonce, Amazon fait preuves de nombreuses initiatives écologiques :

  • L’entreprise s’est engagée à réduire ses émissions nettes de CO2 à zéro d’ici à 2040 et à utiliser 100 % d’énergies renouvelables d’ici à 2030.
  • Son nouveau siège social sera uniquement alimenté à l’énergie solaire.
  • Le groupe s’est aussi engagé à acheter 100 000 véhicules électriques d’ici à 2024 pour ses livraisons.

De belles promesses, qui même tenues, ne feraient que « limiter la casse » : Amazon repose sur un modèle qui n’est et ne sera jamais écologique.

 

 

Sources

LeMonde : https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/02/18/bezos-veut-consacrer-dix-milliards-de-dollars-a-la-lutte-contre-le-rechauffement-climatique_6029898_3244.html

Intelligences.info : https://intelligences.info/article-13260-bezos-veut-consacrer-10-milliards-de-dollars-la-lutte-contre-le-rchauffement-climatique.html

20minutes : https://www.20minutes.fr/planete/2720911-20200218-jeff-bezos-lance-fonds-terre-10-milliards-dollars-salaries-amazon-sceptiques

Les principales mesures de la Loi anti gaspillage

Plastiques recyclées

Fin du plastique à usage unique, interdiction de détruire les invendus, création du principe pollueur-payeur… adieu, cher ticket de caisse… Voici quelques-unes des principales mesures du projet de loi contre le gaspillage et pour une économie circulaire que le Parlement doit adopter jeudi.

 

Le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire va être présenté jeudi 6 février 2020 au Parlement. Le texte comportera une série de mesures qui visent à accélérer le changement des modèles de production et de consommation afin de réduire les déchets et préserver les ressources naturelles, la biodiversité et le climat. L’objectif est de faire passer le pays d’une économie linéaire à une économie circulaire.

 

D’ici le 1erjanvier 2025, 100% de plastique recyclé

 

L’objectif de cette loi vise l’interdiction de mise sur le marché des emballages plastiques à usage unique d’ici 2040, et une réduction du nombre de bouteilles en plastique à usage unique vendues de 50% d’ici 2030.

 

La création d’une série de nouvelles filières pollueur-payeur (REP) est mise en place. Elle consiste à exiger des professionnels un financement de la gestion des déchet liés à leurs produits. À compter de 2021 pour les mégots, et dès 2022 pour les matériaux de construction (BTP), jouets, articles de sports et de loisirs, articles de bricolage et de jardinage, puis en 2024, pour les lingettes pré-imbibées pour usages corporels et domestiques.

Une amende forfaitaire de 1.500 euros est exigée lors de dépôt sauvage de déchets.

 

La fin du plastique ou des contenants à usage unique

 

Au plus tard le 1erjanvier 2023, les plastiques ou les contenants à usage unique seront interdit ainsi que le plastique pour les jouets offerts avec les menus enfants. Les produits fabriqués à base de plastique « oxodégradable » qui, participe à la pollution des océans, en se fragmentant, seront également interdit.

En 1erjanvier 2021 les bouteilles en plastique distribuée dans les établissements recevant du public (plus de 300 personnes) ne sera pas autorisé.

 

Le consommateur sera également informé sur la « réparabilité » de certains équipement électriques et électroniques. Une obligation est donnée aux fabriquant et aux distributeurs la disponibilité de pièces détachées.

 

 

Une interdiction de destruction d’invendus non alimentaires neufs sera mise en place ainsi qu’une création d’obligation de réemploi, de réutilisation ou recyclage. Pour les produits de première nécessité, notamment d’hygiène, le recyclage est interdit et le don obligatoire.

Ces mesures seront-elles à la hauteur des attentes, permettront-elles de sauver notre planète ? Espérons-le !

 

Muoy-leng HUOY

Le plastique : le premier prédateur des océans !

 

Déchets au bord de la mer – source : Pixabay

 

En été dernier se tenait la journée mondiale de l’Océan, à l’occasion le WWF publie un nouveau rapport alarmant sur la pollution plastique en Méditerranée, un phénomène récurrent pour la méditerranée qui est en lutte constante contre ce fléau.

Au printemps dernier, des milliers de déchets se trouvait près de l’Île d’Elbe, au large de la Corse. Vous êtes peut-être passé à côté. L’île s’enterrait sous un long d’une dizaine de kilomètres de plastique. C’est l’antenne italienne de Greenpeace qui apporte la preuve de cette île de plastique en diffusant une vidéo sur YouTube. On parle ici d’amas de tonnes de déchets et le phénomène serait assez récurent.

Selon Ludovic Frère-Escoffier, responsable vie des océans au WWF, la Méditerranée est la mer la plus polluée au monde. Ce fait est dû aux pays comme l’Égypte et l’Italie qui ont de réel problème de collecte de déchets plastique.

 

Plus de 80.000 tonnes de déchets

La décharge flottante du Pacifique contiendrait 80.000 tonnes de déchets, 3 fois la taille de la France métropolitaine. Ce phénomène que l’on pensait unique à l’Océan Pacifique touche également et de façon régulière la Méditerranée et la Corse.

Une pollution frappante, d’autant plus qu’elle est visible et présente sur toute la surface marine du globe. Le bassin méditerranéen est considéré par beaucoup comme une décharge à ciel ouvert. Malheureusement beaucoup de pays n’ont pas encore ou ne peuvent pas se permettre une vraie politique environnementale.

Un drame pour l’homme, mais par-dessus tout pour les espèces animales comme les méduses et la majorité des oiseaux marins. Ces animaux à travers le monde ont déjà ingurgité du plastique. Mais selon une étude de l’Agence nationale australienne pour la science (Csiro, Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation) et du London Imperial College 99 % des albatros, manchots, mouettes et autres volatiles des mers seront affectés par cette pollution, d’ici à 2050. Ces études ont été réalisé entre 1962 et 2012 sur 135 espèces.

 

 

Rivière de déchet en Malaisie

 

Le plastique à usage unique interdit pour 2040

Pendant que la production de plastique dépasse 320 millions de tonnes par an, une partie de ces sacs, bouteilles, emballages, filets de pêche abandonnés et microparticules dégradées se propage dans plusieurs zones des océans, sous l’effet de tourbillons géants formés par les courants marins. Et menacent animaux et écosystèmes.

Sur les 11.200 tonnes de plastiques rejetés en mer chaque année par la France, 11% s’échouent dans les fonds marins, difficile donc de faire la leçon.

En décembre dernier, l’assemblée nationale a voté l’interdiction du plastique à usage unique. Cette interdiction ne sera cependant sanctionnée qu’en 2040. Ce délai de 20ans a immédiatement été critiqué par nombre d’associations. Sans un vote d’une nouvelle loi d’ici 2040, cet amas de plastique ne fera que grossir… mais jusqu’où ?

HUOY MUOY LENG